Géographie du
Grand Duché du LUXEMBOURG
Le Luxembourg compte, au début des années 1990, 390 000 habitants, son territoire 2586 km2 – une population inférieure à celle de Toulouse, la surface d’un petit département français. Mais il est le partenaire des grandes puissances dans l’O.T.A.N., membre à part entière, voire privilégié de l’Europe des Douze ; son niveau de vie matériel est l’un des plus élevés du Vieux Monde.
Économie et vocation internationales
Le grand-duché de Luxembourg offre au visiteur des paysages variés. Le Nord, prolongement des Ardennes, composé de terrains dévoniens et schisteux, est très accidenté (altitude moyenne : 450 m) ; la partie méridionale, agréablement vallonnée, est formée surtout de sols triasiques sablonneux et calcareux ; elle comprend au sud-ouest une frange ferrugineuse naguère propice à la sidérurgie. Le vignoble s’étend sur 1200 ha le long de la Moselle. 55 p. 100 des terres de culture sont actuellement occupées par des pâturages offerts à l’élevage ; la part réservée aux céréales, en régression, dépasse à peine le quart. Le nombre des exploitations agricoles a diminué des deux tiers depuis 1961 (3 668 en 1991) ; dans le même laps de temps, la superficie moyenne a plus que doublé (de 15 à 38 ha). Les forêts, jadis caractéristiques du pays, couvrent encore 88000 ha environ.
L’Ancien Régime aux structures agraires et artisanales traditionnelles, périodiquement ébranlé par la sous-production, les séquelles des guerres et les épidémies, n’a pris fin au Luxembourg que dans la seconde moitié du XIXe siècle. La métallurgie moderne, bénéficiant de l’initiative de capitaines d’industrie actifs, tels les Metz et les Pescatore, et de l’application du procédé Thomas pour le traitement des minerais phosphoreux du pays, s’est largement développée à partir de 1880, renversant la vieille tendance à l’émigration. Depuis 1910 environ, on assiste au développement de l’exode rural et d’une immigration de main-d’œuvre étrangère (italienne surtout, et plus récemment portugaise), phénomène qui s’est accentué après la Seconde Guerre mondiale, aggravé par la défaillance de la natalité (12,9 p. 1000 en 1991). La sidérurgie est passée par les stades classiques d’entreprises familiales transformées en sociétés anonymes (1911 : constitution des Aciéries réunies de Burbach, Eich et Dudelange, ou A.R.B.E.D.), puis en trusts intégrés (fusion A.R.B.E.D.-H.A.D.I.R. en 1967, synergies européennes depuis 1983). La production totale des aciéries luxembourgeoises, qui avait atteint les 6,5 millions de tonnes en 1974, est tombée à 3,38 en 1991. Afin de rendre moins vulnérable l’industrie luxembourgeoise fondée essentiellement sur l’acier, et en dépit du manque de main-d’œuvre, les autorités ont facilité dès 1955 l’implantation d’industries nouvelles dans les domaines chimique et mécanique. L’absence de conflits sociaux graves au grand-duché, où la sécurité sociale a été introduite dès la fin du XIXe siècle, a été un atout de cette politique de diversification.
L’économie luxembourgeoise a bénéficié des efforts d’intégration faits en Europe depuis la formation du Zollverein prussien. Membre de cette union douanière de 1842 à 1919, le grand-duché participe depuis 1921 à l’Union économique belgo-luxembourgeoise, depuis 1944 au Benelux et, dès la promotion par Robert Schuman (qui passa sa jeunesse à Luxembourg) de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, à l’Europe des Six et de ses prolongements, dont certains organes importants ont leur siège dans la capitale. En même temps, la place de Luxembourg, grâce aux facilités offertes à la constitution de sociétés holding et grâce à des émissions internationales très nombreuses, est devenue un centre financier de premier ordre (190 établissements bancaires, en 1991, employant 17 000 personnes). Cependant, la montée rapide des prix de l’énergie et la concurrence internationale ont porté atteinte à la sidérurgie dès 1975. La dernière mine de fer luxembourgeoise a été fermée en 1981, et le nombre des emplois perdus dans le domaine sidérurgique est sévère (moins 59 p. 100 en quinze ans). C’est dans le secteur des services (banques, assurances, médias) que ces pertes ont pu être compensées. Dans l’ensemble, les emplois offerts sont plus nombreux que jamais (près de 200 000 en 1991 contre 140 000 en 1970) et le chômage reste modéré (2,3 p. 100 de la population active à la fin de 1991). En 1992, 30 000 frontaliers ont gagné leur vie au grand-duché ; les fonctionnaires internationaux (institutions européennes et banques) étaient près de 9 000.
Depuis 1839, le Luxembourg est un pays monolingue : le luxembourgeois, apparenté à des parlers allemands mais fortement mêlé de vocables français, est la langue parlée par tout le monde. Cependant, la situation du pays et la présence de nombreux étrangers (29,4 p. 100 des résidents en 1992) imposent à tous la connaissance de l’allemand et du français, qui sont depuis toujours les langues utilisées par les autorités et dans l’enseignement. Si les avantages pratiques de cette situation sont indéniables (Radio-Télé-Luxembourg, par exemple, émet vers de larges parties de la France, de la Belgique et de l’Allemagne), la production littéraire reste assez faible. L’appartenance à plusieurs aires culturelles ne semble pas propice à l’éclosion de chefs-d’œuvre ; elle favorise du moins le rapprochement des esprits.