Suisse : Sécuritaire

Source : Bilan du Monde, édition 2005

Propulsé au gouvernement le 10 décembre 2003, Christoph Blocher a une fois de plus dominé le paysage politique suisse. Chargé du département fédéral de justice et police au sein du Conseil fédéral, le milliardaire zurichois entend, dit-il, « provoquer un débat populaire sur la démocratie helvétique ». Il serait, à l’entendre, le seul à l’écoute du peuple, « au contraire du reste de la classe politique ». M. Blocher a été ouvertement accusé par le ministre de l’Intérieur, Pascal Couchepin, d’être « une menace pour la démocratie » ; d’autres lui reprochent d’avoir brisé la tradition de la collégialité au Conseil fédéral, en refusant de défendre les initiatives du gouvernement, et de piloter derrière la scène l’agenda politique conservateur de son parti, l’Union démocratique du centre (UDC).

Le 8 février, le peuple suisse a massivement voté (56,2 p. 100) pour l’internement à vie des délinquants sexuels. Le 26 septembre, il a rejeté, pour la troisième fois en vingt ans, un projet de loi du gouvernement sur la naturalisation facilitée, même pour la troisième génération d’étrangers, maintenant ainsi la primauté du droit du sang sur le droit de sol.

En septembre, l’UDC a mené une campagne haineuse contre les musulmans, déclenchant une vague d’indignation. Le milliardaire zurichois n’a pas pu empêcher, le 26 octobre, la signature des accords bilatéraux bis de la Suisse avec l’Union européenne (UE). Mais il fait planer la menace d’une votation populaire, en 2005, contre l’adhésion de la Suisse à l’espace de Schengen, qui fait partie de ces accords. Largement critiqués pour leur absence lors de la campagne raciste de l’UDC sur la question de la naturalisation, les autres partis suisses se sont mobilisés en faveur de Schengen.

Bien qu’ils soient encore majoritairement contre l’adhésion à l’Union européenne, les Suisses ne cessent de s’européaniser. En 2004, la Confédération a franchi des étapes décisives vers l’intégration. Depuis le 1er juin, avec la suppression des mesures de protection du marché du travail, les ressortissants de l’Europe des 15 (et non pas des 25) pourront postuler à un emploi en Suisse. Les Suisses seront aussi traités comme des citoyens communautaires sur le marché du travail de l’UE. Le gouvernement a signé, le 26 octobre, les accords bilatéraux bis dont les négociations avec l’UE avaient été entamées en juin 2001.

L’examen des accords par les commissions parlementaires en décembre ouvre le délai référendaire de cent jours. Les banquiers suisses se sont félicités que la conclusion des bilatérales bis n’affecte guère le secret bancaire. Les taux d’intérêt suisses sont toujours inférieurs à ceux de l’UE, mais les prix, ainsi que les salaires, sont de 40 p. 100 supérieurs à ceux des pays voisins. Le taux de croissance est aussi inférieur à celui des pays européens.

Depuis 1990, le niveau de vie des Suisses s’est érodé. Contrairement à ce que pourrait laisser croire son faible niveau de chômage (3,7 p. 100), la Suisse est classée seulement au seizième rang mondial dans un rapport du Bureau international du travail (BIT) sur le chômage. La Confédération se porte mieux pour ce qui est la sécurité des revenus (sixième rang mondial).

Afsané Bassir Pour
 

Retour

© 2005 Le Monde - tous droits réservés